Je ne sais plus depuis quand je marche dans cette forêt. Elle m’effraie, ses arbres m’effraient, les bruits m’effraient. J’ai froid, je suis terrorisée, mais au fond de moi, une voix me dit d’avancer.
Je suis essoufflée, comme si j’avais couru pendant un bon moment. Mon cœur palpite et je sais que ce n’est pas seulement à cause de ma course. Par flash, j’entrevois un coffret, un couteau, des yeux exorbités par la folie.
Le vent fait claquer les branches dénudées entre elles créant un bruit sinistre et régulier. Parfois, une branche isolée fait siffler ce vent provoquant un hululement mielleux et glacial. C’est comme si la forêt entière m’attirait au plus profond de son obscurité.
Je dois être forte, c’est une conviction que j’ai bien que je ne comprenne toujours pas quel en est le but.
Tout en avançant, je crois voir du coin de l’œil des formes brillantes, comme des yeux épiant chacun de mes gestes. J’ai le sentiment que chaque faux pourrait m’être fatal.
Clac, clac, clac.
Cette fois c’est sûr, ce sont deux yeux jaunes et brillants que j’ai croisés. Je sens mon corps se glacer, mais je ne dois pas arrêter car cela signerait ma fin.
Je ne sais combien de temps j’ai marché, mais je sens la force quitter doucement mes jambes, je trébuche, je me tords les chevilles. Mon pas ralentit peu à peu. Et puis je ne vois pas cette branche basse accrocher mes chaussures et me faire tomber à genoux.
Ma tête rencontre une pierre, dure et froide, comme cette forêt. Je m’évanouis.
Me voici cette fois dans une petite chambre. La pièce est circulaire, il n’y a pas de porte mais une fenêtre. Je m’y penche et découvre que je suis en haut d’une haute tour, sans moyen pour en sortir. Je vois également qu’en bas se trouve un magnifique jardin dans lequel des fleurs et des buissons se mélangent harmonieusement : roses blanches, raiponces, lys… Tout un panel de couleur se mêlant au vert des feuilles.
Une légère brise se lève et remue cet amas de verdure.
Clac, clac, clac.
Je me repais du soleil qui réchauffe mon visage tout en balayant du regard le jardin et je tombe soudain sur une silhouette cachée entre deux buissons. Un regard fixe la fenêtre à travers laquelle je me trouve et mon cœur s’arrête un instant de battre.
La silhouette sort de sa cachette et je distingue une forme humaine courbée, drapée par un long manteau capuchonné me cachant le visage de cette personne. J’entends un sifflement murmurer mon nom. Et la silhouette continue d’avancer vers la tour.
Effrayée, je recule pour me terrer au fond de la pièce, je ne sais pas comment m’en sortir. Je suis persuadée que cette personne ne me veut aucun bien. Je suis piégée et mon corps tremble, mes poils se hérissent alors qu’une main munie de longs doigts squelettiques s’accrochent au rebord de la fenêtre.
Je m’évanouis d’émoi tout en espérant me réveiller de ce cauchemar.
Clac, clac, clac.
Je flotte, tout autour de moi est noir, Au loin, une lumière chaude. Je tends la main, mais hésite : et si, une fois encore je me retrouvais dans un endroit cauchemardesque ?
J’entends une fois encore mon nom murmuré mais cette voix est douce, elle m’apaise, elle provient de la chaleur de cette lumière. Je ferme les yeux pour mieux laisser la chaleur pénétrer ma peau.
Alors que je tends la main vers cet appel, une odeur empli mon nez, c’est une odeur douce et forte à la fois. Sur mes lèvres je sens un picotement qui m’est agréable puis une légère pression douce et fraîche.
J’ai peur de ce que je vais trouver si j’ouvre les yeux, mais je me sens apaisée.
« Rose, ma belle, ma princesse, éveille-toi »
J’obéi à cette douce voix et je distingue petit à petit un visage masculin penché sur moi, la douceur de ses traits s’accorde à la perfection avec la rudesse de sa barbe naissante.
Je ferme les yeux pour respirer à pleins poumons son odeur. C’était lui qui m’appelait.
Et soudain, cette évidence me frappe : je lui suis destinée.